Portrait de Famille

L’artiste a-t-il décidé de se fabriquer une généalogie ? En quelque sorte. Il compose au présent une galerie de tableaux, visage de la société qui alimente ses rêves et ses angoisses. Ils arrivent des quatre points cardinaux de la ville. Aujourd’hui c’est Casablanca, après d’autres capitales lointaines en Europe où il fit le même geste artistique. Sa motivation n’est pas univoque. Elle s’inscrit au cœur de la contradiction d’une vie de créateur dans une mégapole fascinante et terrible. Extraire des individus de l’anonymat, les appeler à désigner un alter ego qui fera la preuve que l’homme n’est pas toujours seul mais sait vivre avec l’autre, même si être deux ne signifie pas toujours être un couple, n’est-ce pas une première étape pour humaniser le temps d’une modernité sauvage ?

Ils sont là, un objet à la main. Dans le silence l’objet parle. Il relie les personnes à une histoire chaque fois différente : Le portrait du roi légendé naïvement de certitudes d’amour partagé laisse imaginer la grande détresse de celui qui en appelle au Tout Puissant. On sourit, parfois les larmes viennent.

Ils ont tous posé dans le même lieu, ce studio comme il y en a encore dans la grande ville secrète, avec le même décor où tant d’hommes et de femmes se sont plantés dans leurs plus beaux atours, devant le bouquet de celluloïd coloré, pour que soit fixé pour l’éternité leur rêve d’opulence ou d’exotisme ou tout simplement leur image de la beauté. Un décor, pour ceux dont le quotidien ne permet pas le vertige des voyages vrais, l’illusion à défaut du réel.

Famille je vous hais, famille je vous aime. Hassan Darsi nous abandonne avec notre doute qui est le sien !

Lui , commence déjà à oublier leur identité, accumule les vignettes, les installe sur le mur, écrit son œuvre avec les signes de son alphabet. Ils vont vivre maintenant l’aventure de l’exposition, entrer dans la composition d’un ensemble à redéfinir, à voir dans une perspective globale où chaque photographie devient petite planète d’une constellation brillant de tous les feux qui l’ont nourrie.

Nicole de Pontcharra. Tanger juillet 2002