
Village Aley. Vue sur Beyrouth

Poupée dorée

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Hariri sur toutes les façades
Beyrouth
Beyrouth est couverte d’images, récurrentes, incontournables, accolées à des bâtiments en ruine, et l’image omniprésente de Hariri, debout sur 20 mètres de hauteur… Les histoires se chevauchent sans distance. Quelque chose de cet ordre.
A Aley, petit village Druze surplombant Beyrouth, des maisons bourgeoises en ruine avec pour seule décoration subsistante, les impacts de balles et de tirs de mortiers… Dans l’une d’elles j’ai passé 15 journées… Le temps de sentir la lourdeur de ma présence dans ces lieux. À Aley, au hasard d’une poubelle, j’ai rencontré une poupée de 80 cm, à la fois belle et monstrueuse tant elle semble irréelle, des yeux bleus d’une fixité presque diabolique, des chaussures rose bonbon, une chevelure d’une blondeur diaphane… Au beau milieu de sa poitrine, là où devait se trouver le mécanisme sonore de la poupée je me demande encore ce qu’elle a pu dire et quelles oreilles de petite fille ont été nourries de ces phrases synthétiques… , un trou béant, parfaitement rond.
J’ai passé 15 jours à la parer de dorure, à juxtaposer sur son corps de celluloïd des centaines de losanges. Dans la pièce où je m’étais installé pour ce travail, j’ai placé la poupée devenue mienne, sur le seuil d’une large baie ouverte sur Beyrouth, assise, son visage doré tourné vers la ville, en contemplation… Au milieu de ses ruines et dans son étalage de dorure, le trou noir du dispositif sonore a fait alors résonner sa voix, à elle.
En substituant la poupée aux images de la ville j’ai pu me créer l’espace nécessaire pour une prise de distance, qui me faisait défaut en arrivant à Beyrouth.
Hassan Darsi avec la contribution de Florence Renault. Novembre 2005